Le désir sexuel

Dans un billet publié en septembre dernier, j’abordais la réponse sexuelle voir ici. J’ai maintenant envie de décortiquer les différentes étapes de la réponse sexuelle, en commençant bien sur par le désir sexuel.

J’avais défini le désir sexuel simplement comme étant l’envie d’avoir une relation sexuelle. Cette étape est à distinguer de l’excitation sexuelle, qui elle est une réponse physiologique à des stimuli.

J’expliquais aussi que le désir est intimement liée aux pensées sexuelles, érotiques et sensuelles. Effectivement, il est difficile de ressentir du désir sexuel si aucune pensée de nature sexuelle ne traverse notre esprit. Ainsi, une des façons de stimuler son désir est de provoquer l’émergence de pensées sexuelles et/ou érotiques. Vous pouvez choisir de réserver un moment pour cet exercice, sans vous mettre de pression à ce que ça mène à une activité sexuelle, mais uniquement en vous centrant sur vos pensées. Pour celleux qui croient manquer d’imagination pour stimuler leur imaginaire érotique sans support externe, de nombreuses options s’offrent à vous: l’art, les écrits, les films érotiques, entre autres choses. Une conversation avec des ami.e.s sur ce qui stimule leur désir peut aussi être une source d’inspiration et un bel espace de solidarité et de soutien, pourquoi pas?

La pratique de cet exercice devrait vous aider à stimuler votre désir sexuel, si certains contextes ou états favorables sont déjà présents. En effet, au-delà des stimuli plus directs tels que ceux mentionnés plus haut, de nombreux éléments influencent l’émergence du désir: la complétion des besoins de base, les sentiments de bien-être et de sécurité et l’harmonie conjugale, entre autres . Ces éléments peuvent varier d’une personne à l’autre mais ceux nommés ci-haut ont les plus communs.

Ainsi, avant même de tenter de stimuler les pensées sexuelles, il est important de s’assurer d’être dans un état général favorable à l’émergence de ces dernières. Je vous invite à réfléchir à un moment où vous ressentiez du désir sexuel et à identifier ce qui favorisait l’émergence de ce désir, pour identifier les éléments importants pour vous. À la lumière de cette réflexion, vous vous connaîtrez mieux dans votre sexualité et pourrez adresser, le cas échéant, les éléments qui font défaut dans votre vie ou dans votre relation et qui freinent votre désir sexuel. Cela vous permettra aussi de bonifier vos ressources internes favorisant votre désir sexuel.

Bonne exploration.

Le mal du siècle (partie 2)

À la fin de mon dernier billet, j’annonçais que j’allais présenter un outil qui aide à moduler les pensées qui causent l’anxiété. J’ai finalement changé d’idée car il s’agit d’un exercice qui demande des explications élaborées, trop longue pour un billet de blogue.

Je vais tout de même vous diriger vers une lecture qui aborde cet outil, connu sous le nom de Restructuration Cognitive. Le livre Feeling Good, The New Mood Therapy (en français: Être bien dans sa peau) du Dr. David Burns fournit des explications simples, claires et accessibles, ainsi que des outils concrets pour pratiquer la restructuration cognitive.

Cela étant dit, je souhaite tout de même vous donner un outil afin de vous aider à contrer la paralysie liée à l’anxiété. Un des impacts négatifs majeurs de l’anxiété est la difficulté à s’activer dans certaines tâches. Pour adresser cet enjeu, je suggère souvent aux gens la pratique suivante:

Décortiquer l’action à poser en les plus petites tâches possibles; en étapes que l’on se sent en mesure d’accomplir. Puis, s’activer dans la première étape en se centrant sur cette étape-là uniquement et en se rappelant qu’elle n’engage à rien d’autre qu’elle même.

Par exemple, si je ressens de l’anxiété à l’idée d’aller assister à un cours universitaire, je peux décortiquer mes actions de la façon suivante: lever, douche, habillement, petit déjeuner, rassembler mes documents, m’habiller pour sortir, marcher vers le transport, prendre le transport, entrer dans l’institution, me rendre devant mon local, entrer dans le local, choisir une place où m’installer, m’asseoir et défaire mon sac.

Ainsi, quand je choisis de me lever, je me rappelle que cette action ne m’engage à rien d’autre qu’elle-même et je la fait en conscience, en me centrant sur mes gestes. Une fois cette action accomplie seulement, je choisis de me centrer sur la prochaine action.

De cette façon, je limite l’anxiété causée par le fait de me projeter dans toutes les étapes qui s’en viennent et dans l’objectif final, qui me semble inatteignable. Puis, je limite le sentiment d’échec lié au fait de ne pas atteindre mon objectif final, puisque chaque étape est un objectif en soi que je peux vivre comme une petite réussite encourageante pour la suite.

En espérant que cet outil vous sera utile et que la lecture suggérée est pertinente pour vous!

Le mal du siècle (partie 1)

Bon, le titre est peut-être un peu dramatique pour parler de l’anxiété, j’en conviens. Il reste que depuis le début de ma pratique, j’ai le net sentiment que cette difficulté prend de plus en plus de proportions dans notre société. J’adresse cet enjeu avec la plupart de mes client.e.s. Même chez celles et ceux qui ne consultent initialement pas pour cela, l’anxiété ressort dans les échanges.

Déjà, l’anxiété est à ne pas confondre avec la peur, tel que mentionné dans mon billet sur les émotions. L’anxiété est l’appréhension d’une menace, appréhension d’un degré de réalisme et de logique variés, et la menace n’est pas immédiate. En effet, la plupart des gens qui ressentent de l’anxiété sont en mesure d’admettre que leur sentiment n’est souvent pas ancré dans la logique.

Maintenant, c’est bien beau de comprendre, mais quoi faire avec l’anxiété? Je vais donner ici quelques trucs de base pour adresser l’anxiété plus générale. Il faut garder en tête que les troubles anxieux sont nombreux et que des traitements spécifiques peuvent être nécessaires selon l’intensité du trouble. Ainsi, ce que je mentionne ici n’est pas un traitement psychothérapeutique mais plutôt des outils basiques pour gérer une anxiété légère, non pathologique.

Face à une personne anxieuse, j’explore d’abord avec elle sa gestion de ses besoins de base: alimentation régulière et saine, sommeil régulier et de la meilleure qualité possible, activation physique minimale régulière. Pour plusieurs, mettre ces éléments en place et maintenir leur pratique n’est pas une simple tâche. De nombreux enjeux peuvent faire obstacle. Par exemple, une personne qui a peur de rater une occasion (quelle qu’elle soit) peut avoir du mal à s’assurer d’aller au lit à une heure régulière.

Pourtant, une saine gestion des habitudes de vie est la base de la gestion de l’anxiété. D’une part, parce que la routine est un phénomène qui apporte naturellement un sentiment de rassurance. D’autre part, parce qu’un esprit et un corps reposés, bien alimentés, nourris d’hormones de plaisir et délestés de tensions physiques sont plus disposés à gérer sainement les événements de la vie. Certain.e.s professionnel.le.s considèrent même que l’activité physique régulière d’intensité moyenne peut remplacer la médication, chez certain.e.s. Par exemple ces ouvrages: http://www.editions-homme.com/techniques-faciles-pour-vaincre-anxiete/louise-reid/livre/9782764016848, http://www.broquet.qc.ca/produit/vaincre-lanxiete-medicaments/ .

Je vous invite donc à trouver vos motivations personnelles et intrinsèques à intégrer ces habitudes de vie. Identifiez les comportements que vous voulez adopter, puis les gains associés. Identifiez des comportements qui vous rendent fièr.e.s par lesquels remplacer les comportements que vous voulez changer. Faites une liste ou gardez un objet symbolique qui vous aide à vous rappeler vos objectifs et vos motivations.

Dans le prochain billet, je présenterai un outil complémentaire pour modeler les pensées qui sont source d’anxiété.

La réponse sexuelle

Il y a longtemps que je n’ai pas parlé de sexologie plus spécifiquement et ça me manquait. J’ai donc réfléchi à ce qui ressort le plus de mes rencontres en sexothérapie ces derniers mois et c’est la sexopédagogie sur la courbe dite normale de la réponse sexuelle qui remporte la palme.

Simplement, il s’agit des étapes habituelles qu’une personne traverse lors d’une activité sexuelle. Je vais vous présenter ce qui est globalement accepté comme les étapes habituelles de la réponse sexuelle.

D’abord, une personne ressent du désir. Le désir est une phase de la réponse sexuelle qui précède l’excitation physique. Il s’agit de l’envie d’avoir une relation sexuelle et elle est intimement liée aux pensées sexuelles, érotiques et sensuelles. Les éléments qui influencent l’émergence du désir: la complétion des besoins de base, les sentiments de bien-être et de sécurité, l’harmonie conjugale, entre autres.

Ensuite, si la personne agit en fonction de ce désir par des activités sexuelles, vient la phase d’excitation sexuelle. Les veines se gorgent de sang, on lubrifie, on a une érection, la poitrine se gonfle, on respire plus rapidement, on voit apparaître des rougeurs sur le corps. La manifestation et l’intensité de l’excitation varient d’une personne à l’autre, d’une activité sexuelle à l’autre. Pour favoriser une plus grande excitation, communiquer clairement ce que l’on aime à notre partenaire et éviter d’avoir des pratiques déplaisantes ou dont on a pas envie sont des moyens importants.

L’excitation dure un certain temps avant du culminer en un orgasme ou de se résorber en une période réfractaire. C’est cette période qu’on appelle le plateau. Il peut durer plus ou moins longtemps selon les personnes et l’ambiance du moment. Quand il y a orgasme, certaines personnes peuvent en avoir plusieurs un à la suite de l’autre, d’autres un seul.

L’orgasme est suivi de la période réfractaire, qui est un moment où l’excitation physiologique est absente avant de ré-émerger. Chez certain.e.s, cette phase est très courte (quelques secondes à quelques minutes), chez d’autres, plus longue (quelques heures à quelques jours). Plusieurs éléments viennent influencer cette phase: le niveau d’énergie, la santé, l’âge, principalement.

Ainsi, quand une personne dit vivre des difficultés au niveau de la sexualité, on vérifie rapidement à quelle étape de la réponse sexuelle la difficulté se situe afin d’avoir une intervention bien ciblée et efficace. Maintenant que vous avez ces informations, vous pouvez vous-même observer votre réponse et adapter vos pratique en fonction de ce qui ressort.

Amusez-vous!

Sexopédagogie

C’est la rentrée scolaire et cette année les élèves bénéficieront du nouveau programme d’éducation à la sexualité. Accompagnant cette lancée, télé Québec diffuse des capsules d’information sur la sexualité à l’attention des jeunes. Elles sont conçues pour les jeunes, mais bien des adultes en apprendront aussi beaucoup, je crois. Elles sont drôles, simples et claires. Bon visionnement.

https://onparledesexe.telequebec.tv/accueil

Sexe(y)?

Garder ses chaussettes pendant le sexe, c'est pas sexy! Vraiment? Je suis tombée sur un article qui dit le contraire.

Selon les résultats d'une étude parue dans le journal Metro du Royaume-Uni, il y a un lien entre le fait de garder ses chaussettes pendant les relations sexuelles et l'atteinte de l'orgasme. En effet, la chaleur des extrémités du corps permet une meilleure dilatation des vaisseaux sanguins et donc une plus grande vasocongestion (remplissage de sang des vaisseaux sanguins). Ainsi les personnes qui gardent leurs extrémités au chaud pendant le sexe ont plus de chance d'atteindre l'orgasme et d'obtenir un orgasme plus puissant.

Voir votre partenaire en extase, n'est-ce pas sexy? Alors, les chaussettes au lit, pas sexy? Vraiment?

Source: https://metro.co.uk/2016/11/29/why-wearing-socks-in-bed-is-good-for-you-and-can-even-make-sex-better-6289622/

Les Émotions

Les Émotions. Avec un E majuscule. Parce qu'elles sont souvent perçues comme une menace, ou un mystère et dans tous les cas, une montagne difficile à conquérir. Mon objectif avec ce billet est de démystifier pour vous les émotions afin de les rendre plus accessibles et gérables.

D'abord, une émotion n'est rien de plus qu'un message. Un message qui vous informe qu'il se passe quelque chose qu'il vaut la peine d'aller vérifier dans votre monde psycho-affectif. De la même façon que la douleur est un signe qu'il se passe quelque chose dans votre corps. Parfois, aucune intervention n'est nécessaire et parfois, un traitement professionnel est de mise. Ces messages sont inconfortables, je vous l'accorde, mais ils ne sont pas dangereux. On ne meure pas d'une émotion souffrante, peu importe son intensité.

Ensuite, on peut regrouper les divers sentiments et émotions inconfortables en 4 grandes catégories: la peine, la peur, la colère, et la honte/culpabilité. Certain.e.s ajoutent le dégoût mais je ne l'aborderai pas car il est rarement une cause de grande détresse.

La peine est le messager du deuil. sous toutes ses formes. Par exemple, je peux être déçue (sentiment qui relève de la famille de la peine) parce que je dois faire le deuil de manger ma crème glacée favorite, ou encore être triste parce que je dois faire le deuil de mes vacances. Je peux aussi avoir beaucoup de peine car je dois faire le deuil d'une relation. Ainsi, la peine vous invite à explorer quel perte ou deuil vous devez adresser, accueillir dans votre vie.

La peur est le messager de la menace. Menace à notre intégrité psychologique, physique ou émotive. Je suis stressée avant une prestation car elle peut être une menace à mon intégrité psycho-affective; je pourrais perdre la face. J'ai peur de sauter en parachute car il y a une certaine menace à mon intégrité physique. À ne pas confondre avec l'anxiété qui est une réaction à une menace perçue et non pas une menace concrète. Ainsi, la peur nous invite habituellement à réagir de façon à préserver notre intégrité par une des trois réactions suivantes: fuir, se battre ou figer.

La colère est le messager de la transgression de nos limites. Les sentiments qui relèvent de la colère nous informe que nos barrières ont été transgressées. Par exemple, je vis de l'irritation si la personne derrière moi dans la file d'attente est trop près de moi physiquement, elle transgresse ma limite physique. Je suis frustrée quand mon enfant pose 20 fois la même question en ligne, il transgresse mes limites psychiques. Ici, la solution est de chercher une réparation à la transgression. Exiger des excuses, ou faire cesser la transgression et traiter la blessure causée. Souvent, on ne peut obtenir une réparation venant de la personne ayant causé la blessure, il faut alors chercher la réparation ailleurs.

Attention à la colère qui ne répond pas à une transgression. Elle est un écran qui cache une émotion sous-jacente. Par exemple, le parent qui chicane son enfant qui s'est éloigné exprime par la colère la peur qu'il n'arrive quelque chose à son enfant.

La honte ou la culpabilité nous informent que nous avons eu un comportement qui n'est pas cohérent avec nos valeurs. Par exemple je m'en veux d'avoir serré le bras de mon enfant, ou d'avoir prit la place d'une autre personne dans une file d'attente. La honte est liée à l'identité. J'ai honte de ce que je suis. La culpabilité est liée au comportement. Je me sens coupable de ce que j'ai fait. Afin d'apaiser ces émotions, la solution est de réparer le tort causé de la façon la plus efficace pour la personne lésée et de prendre des mesures afin de ne pas répéter le comportement en question.

Si la honte est liée à des événements subis, comme une agression sexuelle, à ce moment il y a un travail à faire afin de répartir la responsabilité des événements à qui de droit: l'agresseur, les témoins inactifs, etc.

Quand vous avez peur de ressentir vos émotions, rappelez-vous qu'elles ne sont que des messages sans danger, bien qu'elles soient inconfortables. Tolérer cet inconfort de façon ponctuelle vous permettra  de vous sentir mieux à moyen et long terme.

Quand vous avez de la difficulté à identifier vos émotions et à les adresser, vous pouvez survoler les 4 grandes familles, explorer laquelle répond le plus à ce que vous ressentez et traiter la situation en fonction de l'émotion identifiée.

Vous voilà mieux équipé.e.s pour aller conquérir l'Everest de vos émotions!

Et...c'est normal...?

Malgré nos désirs de s'individualiser, de s'autonomiser  et d'être reconnu.e.s dans notre originalité, nous (humain.e.s), avons aussi besoin de nous normaliser et d'appartenir au groupe. Si on sent qu'on vit quelque chose qui sort de la norme, la crainte de se sentir marginalisé.e pointe le bout de son petit nez menaçant et on ressent le besoin de se rassurer. C'est habituellement ce spectre qui nous fait poser la question: c'est normal si...?, c'est normal que...?, suis-je la-le seul.e à...? et autres formules équivalentes.

Bien que certaines grandes lignes puissent êtres tracées concernant les intérêts et les pratiques sexuelles présentes dans la société, je préfère me tenir loin du concept de normalité quand je travaille. En effet, je trouves ce principe limitatif. Si tout le monde n'agissait que de façon à se retrouver dans la norme, on passerait à côté de nombreuses expériences extrêmement riches. Je crois fermement à la richesse du tissus social via la diversité, dans les limites du respect du consentement, cela va sans dire.

De plus, la préoccupation de la normalité a tendance à alimenter une anxiété souffrante et inutile. Inutile, car la normalité sexuelle n'est pas un gage de qualité ou de plaisir, ni de validité. Si les gens accordaient de la valeur à leurs désirs et à leurs pratiques sexuelles, elles-ils pourraient s'épanouir bien plus facilement dans leur vie sexuelle.

Certaines approches sexologiques considèrent qu'un problème peut exister même si la personne qui vit la situation n'en souffre pas. Par exemple, en sexoanalyse, un fétiche est considéré comme une paraphilie même si la personne fétichiste est très à l'aise avec son fétichisme. Je ne suis pas de cette école de pensée. Je me situe dans un courant qui considère la souffrance comme un des critères principaux pour évaluer si la personne vit une difficulté. En l'absence de souffrance et de risque pour qui que ce soit ou de risque pour le bien commun, je ne crois pas qu'une réalité sexuelle, peu importe laquelle, soit un problème.

Sortir de la norme peut faire peur et c'est humain d'avoir des réserves. Je vous encourage toutefois à surmonter cette crainte et à accueillir, à valider et à savourer vos désirs et vos pratiques sexuelles telles qu'elles sont. La diversité est une richesse incroyable et quand chacun.e vivra pleinement sa différence, nous ne nous en porterons que mieux.

Le premier Festivulve de Montréal

Quand j'ai vu passer les annonces pour le premier Festivulve à Montréal, organisé par Vagin connaisseur, j'ai été intriguée. À titre de sexologue, à titre de personne ayant une vulve, j'ai considéré important d'aller constater de visu le contenu d'un tel événement, qui se voulait entre autres un outil d'éducation populaire sur la génitalité et la sexualité vulvaires.

D'abord, l'ambiance globale de l'événement était réellement festive et répondait bien à celle que l'on attend d'un festival. DJ, collations ludiques (à l'effigie de vulves), familles, mascottes colorées, personnel souriant et avenant, tout y était. En ce sens, l'aspect festival du Festivulve était selon moi une réussite.

J'ai aussi beaucoup apprécié les kiosques. Ils étaient nombreux et extrêmement variés et pertinents. De la confection de bijoux à l'effigie de vulve, aux culottes menstruelles, à l'éducation populaire sur la variété des modèles génitaux en passant par les flash tatouages, il y avait de tout pour tous les goûts. De plus, le fait d'avoir des kiosques différents les deux jours a rendu la visite du weekend plus stimulante. Puis, certains kiosques étaient expérientiels, par exemple le photobooth pour faire prendre une photo de sa vulve, ce qui rendait le tout très interactif et engageant pour les festivalier.ère.s.

Là où ça s'est un peu gâché pour moi c'est à la conférence à laquelle j'ai assisté. Il s'agissait d'une conférence sur l'esthétisme génital, la chirurgie génitale et l'influence de la pornographie. La conférencière a débuté par un portrait de l'évolution des tendances mode liées aux vulves et un début d'analyse sociologique de la chose. Jusque là tout allait bien. Là où le bât a blessé, c'est quand elle s'est mise à avoir des propos très chargés de jugements de valeur  envers les personnes qui choisissent d'avoir recours à des chirurgies esthétiques génitales. En utilisant un vocabulaire cru (se faire chopper la vulve) et un ton critique (ton sec, tranchant et propos sans nuance: lui, il vaut tu la peine que je me fasse chopper la vulve pour lui?!), elle donnait le ton. Se faire chopper la vulve, c'est mal! Elle présumait aussi dans ses propos que les femmes avaient des partenaires masculins et critiquait une utilisation excessive de jouets sexuels. Quand la conférence a été terminée, je me suis tournée vers mon amie et j'ai dit que si j'avais eu une chirurgie esthétique génitale, je me serait sentie très mal pendant cette conférence. Elle a affirmé qu'elle aussi.

Bon, ce n'est qu'une conférence parmi tant d'autre me direz-vous. J'objecte tout de même. Le Festivulve se voulait un outil d'éducation populaire et une conférencière cissexiste et hétéronormative qui pose des jugements de valeur c'est une de trop, selon moi. J'espère sincèrement que cette attitude d'une seule personne s'est noyée dans un flot de paroles ouvertes et bienveillantes de la part des autres conférencières. 

Pour ce qui est des ateliers, je n'ai assisté à aucun et je n'ai pas eu de rétroaction d'autres personnes non plus alors je m'abstiendrai.

Au niveau de l'organisation, tout était très bien, à quelques détails près. Les lieux étaient bien indiqués par des affiches, les horaires respectés, le personnel bien informé et avenant. Il y avait un espace de repos plaisant à disposition et une grande terrasse extérieure, qui elle aurait pu bénéficier de tables pour pique-niquer, offrant une superbe vue sur la ville. Comme l'événement se vantait d'être famille friendly, j'aurais apprécié une halte garderie pour y déposer ma fille pendant les conférences, question de pouvoir en voir plus. Idem pour une salle d'allaitement où des tables à langer dans les toilettes. Autre petit bémol, une des salles de conférence n'était fermée que par des rideaux et le bruit du festival était dérangeant. Malgré la quantité de personnes participant, on ne se pilait pas sur les pieds, l'espace était bien utilisé.

Pour un premier festival, ça me semble être une grande réussite. Bravo à toutes!

Une mention

La revue Les3sex a fait un retour sur le Symposium sur la sexualité des jeunes adultes qui avait lieu le 25 mai dernier et qui avait été organisé par l'Association des Sexologues du Québec.

On y fait un court résumé de ma conférences sur l'intervention auprès des victimes d'agression sexuelle.

Merci aux travailleuses des 3sex pour ce survol intéressant des conférences données lors de cet événement.

http://www.les3sex.com/actualitesmars/actu814.html

La fréquence

Vous pensez que ce billet aborde la fréquence des relations sexuelles, hein? Et bien non, il parle plutôt de la fréquence des rencontres de psychothérapie. Voici quelques-unes des questions ou commentaires entendus dans les dernières semaines:

Faites-vous les rencontres à chaque semaine?

J'ai pas nécessairement les sous pour venir à chaque semaine...

Notre horaire est très chargé, on pourra pas être là très régulièrement. Est-ce que c'est correct?

Qu'est-ce qui est le mieux thérapeutiquement, en termes de fréquence des rencontres?

Visiblement, il s'agit d'un enjeu pour les personnes qui pensent à consulter et il occupe l'esprit de la clientèle. Je considère donc pertinent d'adresser la question. Il y a la réponse ''dans un monde idéal'' et il y a la réponse ''dans la vraie vie.

Dans un monde idéal

Pour favoriser un momentum thérapeutique optimal, les rencontres se font à chaque semaine. Les rencontres hebdomadaires permettent d'enclencher un cycle de travail psychothérapeutique où d'une part, assez de temps s'est passé entre les rencontres pour que le contenu de la rencontre soit bien intériorisé et d'autre part, où les rencontres sont assez rapprochées pour éviter d'avoir à repasser sur certaines choses oubliées ou de faire un résumé  trop long du temps déroulé entre les rencontres.

Dans la vraie vie

Il y a bien sûr des exceptions à ce que j'ai mentionné plus haut. Par exemple, si une personne est en situation de crise et requiert ponctuellement des rencontres plus rapprochées pour assurer sa sécurité le temps que la crise s'apaise, il est tout indiqué de le faire. Si au contraire une personne a effectué les changements thérapeutiques qu'elle souhaitait et n'a besoin que de rencontres ponctuelles pour maintenir ses acquis ou bonifier le traitement, cela est tout aussi valide.

Ces exceptions sont de nature psychothérapeutique. Il y a aussi des considérations matérielles concrètes à considérer.

D'abord, tout le monde n'a pas les moyens financiers de s'offrir des rencontres de psychothérapie à toutes les semaines. Les services à prix modiques ou gratuits sont habituellement très limités dans le temps, en moyenne 15 rencontres, ce qui ne permet pas de faire une thérapie en profondeur. Sinon, les listes d'attentes peuvent être très longues. C'est pourquoi des gens qui ont peu de moyens peuvent tout de même choisir de se tourner vers le privé.

Certaines démarches sont faites actuellement par l'Association des Psychothérapeutes du Québec auprès du gouvernement pour permettre un accès gratuit aux services de psychothérapie.

Un autre élément à considérer est le temps. Tout le monde n'a pas le temps de se déplacer pour une rencontre de près d'une heure à chaque semaine. Pour les couples ou les personnes avec des enfants, cela peut s'avérer encore plus difficile de composer avec les horaires de tout le monde.

Finalement, les capacités physique peuvent aussi être un obstacle aux rencontres hebdomadaires. Certaines personnes ont des contraintes physiques qui ne leur permettent pas de se déplacer comme elles le veulent: fibromyalgie, arthrite, accident, etc.

Dans les deux derniers cas, la technologie peu venir aider car les rencontres via des logiciels comme Skype sont possibles auprès de certain.e.s professionnel.le.s. Encore faut-il avoir un ordinateur et accès à Internet dans un lieu confidentiel et propice aux confidences.

Dans tous les cas, il est tout à fait acceptable, voire recommandé, de nommer vos limites à votre psychothérapeutes et de trouver une entente qui vous convienne concernant la fréquence des rencontres. Il s'agit de votre, suivi, de votre santé mentale et vous avez le droit de mettre un cadre qui prend en considération tous vos besoins.

Je Me Moi

Parler au JE. Jai pris conscience, à force demander à ma clientèle de m'expliquer ce qu'elle savait du message en JE, que bien des principes de base de cette forme de communication sont mé(in)connus.

Je vais expliquer en quoi consiste le message en JE et à quoi se ramener pour parvenir à le formuler adéquatement. Je vais aussi expliquer comment recevoir un message en JE et comment chercher à deux des solutions gagnant.e-gagnant.e.

Émettre le message en JE

  • La première étape du message en JE est de nommer comment on se sent. Par exemple: Je me sens frustré.e.

Pour parvenir à faire cette étape adéquatement, il faut donc être en mesure d'identifier ce qui se passe réellement au niveau émotif. Se sentir mal ou pas bien, ça ne veut pas dire grand chose. Les familles d'émotions ne sont pas nombreuses: Peine, Peur, Colère, Amour, Joie, Dégoût, Culpabilité, Honte. Tous les sentiments que l'on ressent découlent d'une de ces familles d'émotions: plaisir, haine, stress, nostalgie, affection, etc... Ainsi, avant même de commencer à parler, il faut réussir à identifier ce que l'on ressent.

  • La deuxième étape est de nommer de façon factuelle et sans jugement les comportements spécifiques de l'autre qui nous font sentir ainsi. Par exemple: Quand tu laisse ton manteau sur le divan en rentrant du travail.

Voyez ici comment la phrase est exempte de jugement ou d'interprétation? Il n'est pas écrit: Quand tu te laisses traîner ou Quand tu fais le bordel. On décrit les faits, tout simplement. C'est une action difficile car elle nous empêche de jeter le blâme sur l'autre. Ici, la personne doit assumer que c'est elle qui a de la difficulté avec une comportement qui est en soi inoffensif, et non pas l'autre qui a un comportement problématique. S'approprier ses émotions sans pouvoir blâmer quelque chose ou quelqu'un d'extérieur à soi, c'est plus dur qu'on le pense. Ça demande beaucoup d'introspection, de contrôle et de confiance.

  • La troisième étape est d'expliquer pourquoi le comportement nous fait sentir ainsi. Par exemple: Parce que j'ai besoin d'un environnement épuré et dégagé pour me sentir relaxé.e quand je rentre à la maison.

Encore une fois, on se ramène à soi, pas à l'autre. Quel est MON besoin derrière ma réaction?

  • La dernière étape du message en JE est d'exprimer une demande claire et concrète. Par exemple: J'aimerais qu'à l'avenir tu mettes ton manteau dans le placard quand tu rentres du travail.

Encore une fois, on note l'absence de jugement, et la précision dans la demande. Il n'est pas écrit: À l'avenir je voudrais que tu te ramasses ou que tu fasses attention. La demande est sans jugement et décrit un comportement précis.

Attention. Exprimer une demande ou un souhait n'oblige pas l'autre à y répondre. Il se peut que notre demande entre en contradiction avec les besoins, les souhaits ou les capacités de l'autre. D'où l'importance de développer les capacités de négocier des solutions gagnant.e-gagnant.e, que l'on verra un peut plus loin.

Maintenant, comme la discussion est une chose dynamique et qui se fait en relation avec l'autre, celle ou celui qui reçoit le message a aussi un rôle actif à jouer dans la communication efficace.

Recevoir le message en JE

Dans ce contexte, le rôle du récepteur, de la réceptrice du message est le suivant: se décentrer de sa propre réalité et tenter de faire preuve d'empathie pour ce que l'autre exprime. C'est donc de sortir de sa  perception et tenter de comprendre celle de l'autre. Par exemple: peu importe si moi je n'ai pas besoin d'un environnement épuré et dégagé pour relaxer, l'autre a ce besoin. J'ai aussi des choses dont j'ai besoin pour relaxer et je sais que c'est frustrant quand je ne peux pas les avoir. Je peux comprendre qui si l'autre n'a pas ce dont elle a besoin pour relaxer après le travail, elle vive de la frustration.

  • La première étape pour recevoir adéquatement un message en JE est de valider sa perception. Par exemple: Si je comprends bien, tu es frustré.e quand tu reviens du travail et que tu vois mon manteau sur le divan parce que cela est un obstacle à la possibilité pour toi de relaxer. C'est bien cela?

Ici, on doit s'assurer d'avoir bien compris ce que l'autre veut dire avant de passer à la prochaine étape. C'est la base de la discussion. Pour se faire, il faut se rappeler que ce n'est pas une attaque, mais une tentative de communication dynamique et efficace dans un but de mieux-être commun, afin de ne pas être défensif.ve.

  • La deuxième étape est de négocier pour une solution. Si on est disposé à répondre à la demande exprimée par l'autre, le problème est réglé. Dans le cas contraire, on doit négocier. Pour se faire, il est important d'aller identifier les besoin de toutes les personnes impliquées et de faire preuve de créativité. Le remue-méninge est un outil pratique dans ces cas là.

Ici, on pourrait voir l'interaction suivante:

  • Moi pour relaxer quand je rentre, j'ai besoin de me sentir libre de toute obligation et avoir à aller mettre mon manteau dans le placard serait un obstacle à cela.
  • Je comprends. Si on mettait un porte-manteau ou des crochets, est-ce que ce serait une alternative satisfaisante pour toi?
  • Oui, ce serait parfait.

Remarquez que les deux personnes ont maintenu la discussion dans des termes factuels, non jugeants, dans la bonne foi et la recherche de solution commune. Si une des deux personnes devient défensive à une étape de la discussion, cela est obstacle à la communication efficace. C'est aussi un signe qu'elle se sent attaquée et il est important d'adresser ce qui se passe avant d'aller plus loin dans la discussion initiale.

Je suis consciente que biens des tensions relationnelles concernent des sujets plus délicats que le rangement d'un manteau au retour du travail. Cet exemple est pourtant pertinent puisque la gestion du quotidien est souvent une source de conflit dans les couples. De plus, si vous êtes en mesure de pratiquer le message en JE pour les petites choses du quotidien, il sera plus facile de le maintenir lors des discussions plus tendues ou orageuses.

J'espère que ce billet sera un atout efficace pour vos communications dans toutes les sphères de vos vies.

Autonomie psychoaffective

J'ai eu la chance de grandir avec une mère débrouillarde dans une maison et qui m'a encouragée à développer mon autonomie. Ainsi, j'ai rapidement apprit à mettre du teflon sur les tuyaux avant d'accorder ma laveuse, à poser des tablettes et à bien peinturer. Je n'ai donc pas besoin de professionnel.le.s à chaque petite difficulté rencontrée.

Si le fait d'être débrouillard.e et bien outillé.e est utile pour se charger des travaux dans la maison de façon autonome, je crois que ça s'applique aussi au travail émotionnel. Certaines personnes ont les ressources internes nécessaires pour gérer de façon autonome les périodes de tracas, ou à tout le moins ont le potentiel de l'apprendre rapidement, sans avoir à consulter un.e professionnel.le. 

Plusieurs personnes pourraient sauver de nombreux frais de psychothérapie si elle étaient dirigées vers les bonnes ressources afin d'acquérir par elles-mêmes les outils dont elles ont besoin. C'est ce que je suggère ici. J'ai choisi des livres d'autothérapie que je considère pertinents et je les présente ici dans l'espoir qu'ils puissent aider le plus grand nombre de gens possible.

Être bien dans sa peau, par le Dr. David Burns. Ce livre s'adresse aux personnes qui vivent des symptômes de dépression et d'anxiété. Il est basé sur une approche de thérapie cognitivo-comportementale. L'auteur explique bien les mécanismes de ces enjeux et offre des outils concrets pour les surmonter, les déconstruire. Le texte est extrêmement bien structuré et vulgarisé. De plus, comme les chapitres sont divisés par symptômes, on peut décider de ne lire que ceux qui nous concernent sans lire tout le livre.

Le piège du bonheur, par Russ Harris est basé sur l'approche d'acceptation et d'engagement (ACT, en anglais). Aussi axé sur les enjeux de stress, d'anxiété et de dépression, on postule ici que la recherche du bonheur à tout prix et sans faute est en soi un obstacle au mieux-être. En utilisant des formulations simples et des outils concrets, l'auteur vous invite à identifier vos pensées source de souffrance et leurs origines et offre des moyens de les surmonter.

The courage to heal workbook par Laura Davis (malheureusement en anglais seulment). Ce livre pratique s'adresse à un public victime d'agression sexuelle. Vraie source de bienveillance et de réconfort, chaque chapitre adresse une conséquence de l'agression sexuelle. À chaque étape, on explique comment l'agression sexuelle a induit cette conséquence et propose des outils pour la surmonter.

Je réinvente ma vie par Jeffrey E. Young et Janet S. Klosko. Issu de la thérapie des schémas, dans une perspective cognitive comportementale, on adresse ici les traits de personnalité et les distorsions cognitives. Les auteur.e.s considère que l'on développe des schémas de pensée en fonction de nos expériences passées et qu'il est possible de les surmonter en en prenant conscience et en utilisant des outils thérapeutiques pour les déconstruire. Onze schémas sont présentés avec des outils diagnostique et des outils thérapeutiques.

La peur d'avoir peur, d'Andrée Letarte et Amélie Seidah. Cette œuvre aborde spécifiquement le trouble panique et l'agoraphobie. Les auteures expliquent comment ces troubles se développent et proposent des étapes d'autothérapie afin de vivre mieux avec le trouble, de le contrôler, voire de l'éliminer.

Se relever d'un traumatisme, de Pascale Brillon. J'ai personnellement lu Comment aider les victimes souffrant de stress post traumatique, qui s'adresse aux psychothérapeutes et non pas Comment se relever d'un traumatisme, qui lui vise les victimes. Alors je ne peux me positionner sur le deuxième titre, bien qu'il soit celui que je recommande ici. Ce que je peux dire c'est que Pascale Brillon est une sommité dans le domaine du post trauma et que le premier titre a été très aidant pour ma pratique. Ainsi, j'ose croire que l’œuvre adressée aux victimes est tout aussi pertinente et aidante. Si certain.e.s d'entre vous l'ont lu, n'hésitez pas à commenter.

L'analyse transactionnelle, de René de Lassus est un plongeon complet et clair dans cette approche, qui vise à nous faire comprendre comment nous pouvons être notre meilleur.e allié.e et notre pire ennemi.e tout à la fois. On aborde la construction des pensées et de l'identité avec une perspective intéressante de déconstruction du Moi en trois sous-catégories. On suggère ensuite des moyens de devenir son meilleur Moi, d'abord avec soi, puis avec les autres. Malgré que la prémisse semble psychanalytique, le texte est accessible, non moralisateur et très concret et constructif.

Voilà donc une courte liste de mes classiques à titre de psychothérapeute qui j'espère vous aidera à développer votre autonomie psychoaffective.

Bonne lecture!

Faire l'amour pour acheter la paix?

Au cours de mes études en sexologie, les professeur.e.s parlaient relativement souvent de l'enjeu du déséquilibre du désir entre les partenaires d'un couple. De la façon de gérer cette situation. Puis, dans les questions de cadre de porte (voir ce billet de blogue) que je reçois, on me demande souvent quoi faire quand la libido est inégale chez les membres d'un couple. J'en déduis que c'est une réalité que de nombreuses personnes vivent.

J'ai aussi régulièrement entendu les personnes ayant le niveau de désir plus bas dans le couple se faire conseiller d'avoir des relations sexuelle quand même, dans l'idée que l'appétit vient en mangeant. J'ai toujours eu un malaise avec cette approche. D'une part, car je considère qu'elle n'adresse pas réellement l'enjeu, d'autre part car il me semble dangereux de conseiller à une personne d'aller contre ses propres désirs. La bienveillance et le respect devrait commencer par soi-même, selon moi.

Cet article publié par les 3sex va dans le même sens et je m'en réjouis. Il semble donc que la communication et l'affirmation positives soient effectivement à favoriser, puisque le non respect de ses propres limites semble nuire à long terme. Ce qui m'apparaît tomber sous le sens logique.

Conclusion: écoutez-vous, respectez vos propres limites et exprimez-les à votre partenaire.

Les 5 choses que les sexologues sont tanné.es d'entendre

On m’a récemment suggéré de faire une entrée sur les 5 choses que les sexologues sont tanné.e.s d’entendre.

Comme j’aime moi-même lire ce genre de chronique et qu’il y a effectivement des choses que nous sommes tannée.es d’entendre, je me suis lancée. Bien sûr, je ne peux pas parler pour toustes les sexologues et si certain.e.s d’entre vous me lisez, n’hésitez pas à commenter, à ajouter les vôtres! Alors voici donc pour votre plaisir :

Les 5 choses que les sexologues sont tanné.e.s d’entendre (notez le thème récurrent des trois premiers points)

1-      As-tu besoin d’un cobaye? (souvent suivi d’un rire mi-niais, mi-complice), et toutes ses déclinaisons sur un même thème.

Ahhh, quel bonheur nous envahit quand nous échangeons sur notre profession ou notre domaine d’études et que notre interlocuteur nous partage sa disposition à avoir des relations sexuelles où nous jouerions un rôle d’éducateur-trice! Ça donne le goût. Et ça nous fait se sentir pris.e au sérieux, surtout! Puis ça nous laisse entendre que l’autre comprends vraiment en quoi notre profession consiste : performer et enseigner la compétence sexuelle. Not.

2-      Alors tu dois connaître toutes les positions! (aussi souvent suivi d’un rire mi-niais, mi-complice) et toutes ses déclinaisons sur un même thème.

Oui, nous apprenons le kama-sutra par cœur, pendant trois ans. Après le BAC, on peut dessiner toutes les positions les yeux fermés, les reproduire en théâtre vivant sans avertissement, les nommer et les numéroter dans tous les ordres et toutes les déclinaisons possibles. Not.

La sexologie, c’est la science de la sexualité humaine dans tout ce qu’elle comporte. Voici quelques sujets étudiés en sexologie : histoire de la sexologie, sexualité des personnes âgées, ITSS, paraphilies, sexualité et contrôle social, technique d’intervention en sexologie, psychopédagogie de la sexualité, sexualité et santé mentale, condition des femmes, des hommes, etc. Notez ce qui n’est pas dans ma liste : les positions sexuelles.

3-      Tu dois être cochon.ne! (aussi souvent suivi d’un rire mi-niais, mi-complice) et toutes ses déclinaisons sur un même thème.

Oui, mets-en, que je suis cochonne! J’aime ça avoir des fluides partout, l’idée du sexe m’allume comme ça se peut pas, j’ai fait plein d’expériences avec plein de gens différents, quand je vois un losange arrondi ou un objet oblong j’ai tout de suite envie d’y mettre la langue…ou pas, tsé. Dans tous les cas, ça n’a pas de lien avec ma profession.

Truc : cessez d’hypersexualiser les sexologues. On est pas mal comme tout le monde, vu qu’on est aussi des personnes multidimensionnelles. Révolutionnaire comme idée, non?

4-      Tu es sexologue? C’est normal si…?

Les consultations de cadre de porte. Oui, je suis sexologue, c’est ma profession, je paye mon épicerie et les couches de ma fille avec ça. On n’aurait pas l’idée de croiser une coiffeuse dans un party et de lui demander un petit rafraîchissement de notre coupe pour gratuit dans le cadre de porte non? Pourtant il semble que pour les professionnelles de la santé mentale, comme nous sommes notre propre outil de travail, ces mêmes règles sociales tacites soient moins respectées. Je vais peut-être m’installer un petit bureau de consultation dans les soirées pour changer les consultations de cadre de porte en vraies consultations? À voir…

5-      Tu es sexologue? Ah, tu dois en voir des personnes fuckées!

Ah pour ça oui! Du monde qui se prennent pour des licornes, qui font l’amour avec des fantômes la tête à l’envers, d’autres qui conjurent le malin au moment de l’orgasme.

Vraiment?!

Non.

D’abord, la plupart d’entre nous refusons d’utiliser les concepts de normalité ou d’anormalité, car ils sont trop chargés de préjugés. Il nous arrive de voir des personnes qui ont des pratiques peu répandues, c’est vrai. Elles sont souvent souffrantes et il ne nous viendrait pas à l’esprit de les juger comme étant fuckées.  On adresse des humains qui ont besoin d’aide, point.

J'espère que vous avez eu du plaisir à découvrir cet envers de la médaille de la profession de sexologue! Et que vous avez prit des notes ;)

Les grandes approches

Tel que mentionné dans mon billet de blogue de la semaine dernière, il existe quatre approches psychothérapeutiques reconnues scientifiquement par l'Ordre des Psychologues du Québec. Ces quatre approches sont l'approche cognitivo comportementale, l'approche existentielle humaniste, l'approche systémique interactionnelle et l'approche psychodynamique. Je vais les résumer afin de vous aider à déterminer les approches qui vous conviennent le mieux pour une psychothérapie.

La thérapie cognitivo comportementale (TCC) vise des changements émotionnels profonds et durables via la modifications des pensées (cognitivo) et des comportements (comportementale) de la personne. Cette approche suit des processus thérapeutiques standardisés. Par exemple, l'exposition graduelle pour traiter les phobies. Vous pouvez vous attendre à explorer des objectifs de façon précise, à apprendre des outils de gestion de vos pensées et de vos comportements concrets, à avoir des exercices pratiques à faire entre les rencontres et à beaucoup d'interaction avec votre psychothérapeute.

La thérapie existentielle humaniste est centrée sur une vision positive de l'humain, une croyance en son désir d'émancipation et sur le ici et maintenant. Les tenants de cette approche n'utilisent pas de diagnostics et tentent de nuancer la dichotomie entre maladie et santé mentale. Vous pouvez vous attendre à un.e psychothérapeute qui vous invite à trouver les réponses en vous, puisqu'elle-il croit que vous les possédez. Les échanges vont se centrer sur le lien, sur l'état dans lequel vous arrivez, sur votre potentiel et vos compétences.

La thérapie systémique adresse les dynamiques relationnelles, même en thérapie individuelle. On considère la personne dans son rôle dans un groupe (famille, couple, équipe de travail, etc.), ses comportements problématiques ou souffrants comme un symptôme d'un enjeux au sein du groupe. Elle est recommandée pour les personnes ou les groupes qui veulent consulter à cause d'enjeux relationnels et interactionnels.

Dans la thérapie psychodynamique, on considère les problèmes actuels de la personne comme ayant leur source dans les conflits et incohérences psychoaffectives vécues dans l'enfance. La-le psychothérapeute explore ces sources en questionnant la personne sur ses souvenirs et ses perceptions des événements et en faisant des lien avec les difficultés actuelles. C'est une thérapie à moyen ou à  long terme qui creuse dans les origines des émotions et des comportements afin de déconstruire et de réparer pour corriger ce qui cause la souffrance.

Bien sûr, aucun.e psychothérapeute n'utilise qu'une seule approche pure sans influence des autres. De nombreux.ses professionnel.le.s se décrivent comme ayant un style éclectique, ce qui signifie qu'il est influencée par une diversité d'approches et d'écoles de pensées. Je vous invite à évaluer vos besoins et à choisir une approche en fonction d'eux et de votre personnalité.

Comment choisir un.e psychothérapeute

Nombreuses sont les personnes qui veulent consulter mais qui ne savent pas trop par où commencer pour trouver un.e psychothérapeute. Voici quelques trucs pour vous aider.

  1. Assurez-vous que la personne est membre d'un ordre professionnel                                  Tel que mentionné dans mon dernier billet, les ordres existent pour protéger le public. Ainsi, choisir une personne membre d'un ordre vous apporte un filet de sécurité en cas d'acte inapproprié.
  2. Connaissez vos préférences                                                                                               Est-ce que je préfère quelqu'un d'une fourchette d'âge spécifique, d'un genre spécifique, qui a une spécialisation particulière? Quel montant suis-prêt.e à débourser, jusqu'où suis-je prêt.e à me déplacer? Cela va vous aider à spécifier vos recherches.
  3. Quelle approche préférez vous?                                                                                        Informez-vous sur les quatre grandes approches psychothérapeutiques reconnues: cognitive-comportementale, systémique, existentielle-humaniste, psychanalytique. Choisissez une personne qui utilise l'approche qui vous convient le mieux.
  4. Essayez!                                                                                                                                  Je conseille toujours aux gens de laisser des messages à plusieurs professionnel.le, à leurs poser des questions et à prendre un premier rendez-vous avec deux à trois personnes, pour ensuite choisir un.e psychothérapeute. Être à l'aise et en confiance est essentiel au travail psychothérapeutique, ne lésinez pas sur vos exigences.

Bonne recherche!

Démêler les titres professionnels

Psy-chothérapeute, Psy-chologue, Psy-chiatre, Psy-choéducatrice-teur, Sexologue-Éducateur, Sexologue-Clinicienne, Sexologue Bachelière, Intervenant.e, Intervenant.e de milieu, Technicien.ne en travail social, Travailleuse-eur social.e, Travailleuse-eur de rue, Criminologue, Éducatrice-eur Spécialisé.e, Technicien.ne en Éducation Spécialisée, et j'en passe! On s'y perd.

Quand j'étais sexologue intervenante, mes client.e.s parlait souvent de moi comme de leur Psy; alors que je n'avais pas encore le titre de psychothérapeute. Aujourd'hui, on dit encore Psy et je suis convaincue que plusieurs me croient psychologue alors que je suis psychothérapeute. Il n'est pas rare que des gens s'adressent à la sexologue en moi pour me demander des prescriptions de médicaments, ce que je n'ai pas les connaissances, les compétences ou les droits de faire.

Toutes ces anecdotes et le nombre élevé de questions qu'on me pose concernant les différents titres professionnels m'amènent à la conclusion qu'un démêlage en règle est pertinent. Je vais tenter d'expliquer le plus clairement possible la distinction entre divers titres professionnels, ceux que je connais le mieux.

D'abord, un.e technicien.ne, c'est quelqu'un qui a fait une Technique au Cégep dans un domaine quelconque. Ce sont trois ans d'études collégiales qui sont axées sur les actions concrètes. Ainsi, les personnes qui détiennent des techniques ont des compétences ancrées dans le savoir-faire, le pratique et, logiquement, le technique.

Puis, les personnes qui portent le titre d'intervenant.e.s peuvent avoir des bases académiques très diversifiées: sexologie, criminologie, toxicomanie, travail social, etc. Souvent ces personnes travaillent dans le milieu communautaire, où l'on embauche des intervenant.e.s de façon large et non des titres spécifiques: centres de crise, centres de femmes, centres d'hébergement, refuges, etc. C'est une partie de la richesse de ces ressources; les équipes multidisciplinaires. La plupart de ces personnes ont un baccalauréat dans leur domaine. Certain.e.s peuvent avoir appris sur le tas, avoir une technique ou une maîtrise, mais elles-ils sont plus rares.

Ensuite, les personnes ayant fait leur baccalauréat en Travail Social sont souvent embauchées dans le réseau de la santé: les CIUSSS et les milieux hospitaliers, par exmple. Leur formation est centrée sur le lien entre l'individu et son-ses milieu.x et la relation d'aide. Elles-ils sont bien placé.e.s pour soutenir les gens dans leurs démarches concrètes telles que la réinsertion en emploi ou en logement et la recherche de ressources spécifiques à leurs besoins.

Les psychologues ont un diplôme de deuxième cycle en psychologie. En plus de pratiquer la psychothérapie, elles-ils peuvent faire passer et analyser les résultats de tests psychométriques et poser des diagnostics en santé mentale. Les expertises sont diverses: neuropsychologue, pédo-psychologue, psychanalistes, etc. Pour en trouver un.e, vous pouvez consulter le site web de l'OPQ.

Les psychothérapeutes ont des formations de base variées: sexologues, baccalauréat en psychologie, travailleuse.eur.s sociales.aux, médecins, etc. Ils-elles ont un permis de pratique de la psychothérapie qui est émis par l'Ordre des Psychologues du Québec. Ce permis est émis en fonction de la reconnaissance des études ou de l'expérience de la personne. Pour en trouver un.e, vous pouvez consulter le site web de l'OPQ.

La psychothérapie a pour objet d'opérer un changement profond et durable chez les gens qui consultent. Pour y arriver, quatre approches sont reconnues scientifiquement: systémique, analytique, cognitive-comportementale et existentielle humaniste.

Les sexologues qui poursuivent leurs études au deuxième cycle peuvent choisir entre trois profils: clinique, recherche ou éducation. Leur titre professionnel change en fonction du profil d'études choisi. Les sexologues axent leur travail sur la sexualité humaine dans tout ce qu'elle comprend: intimité, rapport au corps, contraception, troubles sexuels, orientation sexuelle, identité de genre, trauma sexuel, pratiques dites alternatives, paraphilies, développement sexuel, etc. Pour en trouver un.e, vous pouvez consulter le site web de l'OPSQ.

Les psychiatres, pour leur part, sont des médecin spécialistes au même titre qu'un gastroentérologue, par exemple. Leur spécialité est la santé mentale et elles-ils peuvent prescrire des médicaments. Les médecins généralistes peuvent aussi prescrire certaines médications liées à la santé mentale tels que les antidépresseurs ou les anxiolitiques.

Plus largement, les ordres professionnels existent pour protéger le public, c'est leur mandat. Les associations, elles, existent pour accompagner les professionnel.le.s dans leur cheminement.

J'espère que ce billet vous aura aidé à mieux vous diriger dans les différents services et auprès des divers professionnel.les en relation d'aide et en santé mentale et sexuelle.

Place à la vulve

2018, et pourtant.

Et pourtant, plusieurs ne connaissent pas encore la différence entre la vulve et le vagin, ne peuvent identifier correctement toutes les parties des organes génitaux femelle et ne savent pas comment les stimuler adéquatement. Et pour cause, ces éléments ne sont toujours pas enseignés dans une majorité de manuels scolaires et le plaisir est encore principalement conjugué au masculin.

Voici donc quelques informations de base concernant les organes génitaux féminins externes.

D'abord, les organes femelle et mâle sont issus du même noyau anatomique, ainsi, ils ont la même structure de base. Par exemple, le scrotum est en fait les grandes lèvres fusionnées, le prépuce est l'équivalent du capuchon du clitoris, etc. Puis, la vulve et le clitoris, au même titre que le pénis, ont une fonction érectile. Ils se gonflent de sang lors de l'excitation sexuelle et à l'intérieur d'environ 20 minutes, les petites lèvres s'ouvrent naturellement et le vagin est lubrifié suffisamment pour accueillir une pénétration.  Le clitoris est la source principale du plaisir sexuel génital chez les personnes qui en sont équipées. Le gland du clitoris n'est qu'une infime partie de cet organe dédié au plaisir. Il est comme la pointe de l'iceberg, il est rattaché à des racines qui descendent dans les lèvres. Ainsi la stimulation de toute la vulve contribue à l'excitation sexuelle.

En termes d'hygiène, le vagin est autonettoyant, il est important de ne pas insérer de savon ou de douches vaginales, qui déstabilisent la flore et peuvent cause des irritations et des infections. On nettoie la vulve uniquement avec un savon doux, sans trop insister, car les muqueuses sont des peaux fragiles. De plus, il est important, de porter des sous-vêtements qui respirent, idéalement sans teinture et d'un modèle sans risque de véhiculer des bactéries d"un orifice à l'autre (strings, thongs).

Avec le premier Festivulve à nos portes, j'ai choisi cette semaine de vous proposer des références liées  à la vulve, au vagin et au clitoris.

Amusez-vous!

Court métrage sur le clitoris

Pour participer au Festivulve à titre d'artiste, de conférencier-ère, d'artisanE ou autre.

Une vidéo sur le rapport de femmes à l'apparence leur vulve/vagin.

Une initiative artistique sur la diversité corporelle des vulves.

Un documentaire critique sur la montée en popularité de la vaginoplastie.