Le premier Festivulve de Montréal

Quand j'ai vu passer les annonces pour le premier Festivulve à Montréal, organisé par Vagin connaisseur, j'ai été intriguée. À titre de sexologue, à titre de personne ayant une vulve, j'ai considéré important d'aller constater de visu le contenu d'un tel événement, qui se voulait entre autres un outil d'éducation populaire sur la génitalité et la sexualité vulvaires.

D'abord, l'ambiance globale de l'événement était réellement festive et répondait bien à celle que l'on attend d'un festival. DJ, collations ludiques (à l'effigie de vulves), familles, mascottes colorées, personnel souriant et avenant, tout y était. En ce sens, l'aspect festival du Festivulve était selon moi une réussite.

J'ai aussi beaucoup apprécié les kiosques. Ils étaient nombreux et extrêmement variés et pertinents. De la confection de bijoux à l'effigie de vulve, aux culottes menstruelles, à l'éducation populaire sur la variété des modèles génitaux en passant par les flash tatouages, il y avait de tout pour tous les goûts. De plus, le fait d'avoir des kiosques différents les deux jours a rendu la visite du weekend plus stimulante. Puis, certains kiosques étaient expérientiels, par exemple le photobooth pour faire prendre une photo de sa vulve, ce qui rendait le tout très interactif et engageant pour les festivalier.ère.s.

Là où ça s'est un peu gâché pour moi c'est à la conférence à laquelle j'ai assisté. Il s'agissait d'une conférence sur l'esthétisme génital, la chirurgie génitale et l'influence de la pornographie. La conférencière a débuté par un portrait de l'évolution des tendances mode liées aux vulves et un début d'analyse sociologique de la chose. Jusque là tout allait bien. Là où le bât a blessé, c'est quand elle s'est mise à avoir des propos très chargés de jugements de valeur  envers les personnes qui choisissent d'avoir recours à des chirurgies esthétiques génitales. En utilisant un vocabulaire cru (se faire chopper la vulve) et un ton critique (ton sec, tranchant et propos sans nuance: lui, il vaut tu la peine que je me fasse chopper la vulve pour lui?!), elle donnait le ton. Se faire chopper la vulve, c'est mal! Elle présumait aussi dans ses propos que les femmes avaient des partenaires masculins et critiquait une utilisation excessive de jouets sexuels. Quand la conférence a été terminée, je me suis tournée vers mon amie et j'ai dit que si j'avais eu une chirurgie esthétique génitale, je me serait sentie très mal pendant cette conférence. Elle a affirmé qu'elle aussi.

Bon, ce n'est qu'une conférence parmi tant d'autre me direz-vous. J'objecte tout de même. Le Festivulve se voulait un outil d'éducation populaire et une conférencière cissexiste et hétéronormative qui pose des jugements de valeur c'est une de trop, selon moi. J'espère sincèrement que cette attitude d'une seule personne s'est noyée dans un flot de paroles ouvertes et bienveillantes de la part des autres conférencières. 

Pour ce qui est des ateliers, je n'ai assisté à aucun et je n'ai pas eu de rétroaction d'autres personnes non plus alors je m'abstiendrai.

Au niveau de l'organisation, tout était très bien, à quelques détails près. Les lieux étaient bien indiqués par des affiches, les horaires respectés, le personnel bien informé et avenant. Il y avait un espace de repos plaisant à disposition et une grande terrasse extérieure, qui elle aurait pu bénéficier de tables pour pique-niquer, offrant une superbe vue sur la ville. Comme l'événement se vantait d'être famille friendly, j'aurais apprécié une halte garderie pour y déposer ma fille pendant les conférences, question de pouvoir en voir plus. Idem pour une salle d'allaitement où des tables à langer dans les toilettes. Autre petit bémol, une des salles de conférence n'était fermée que par des rideaux et le bruit du festival était dérangeant. Malgré la quantité de personnes participant, on ne se pilait pas sur les pieds, l'espace était bien utilisé.

Pour un premier festival, ça me semble être une grande réussite. Bravo à toutes!