Les limites

Je suis souvent inspirée par des thèmes récurrents abordés par les gens qui me consultent. À force d’entendre certains sujets revenir, il apparait parfois un enjeu plus global, que je considère pertinent d’aborder à plus grande échelle. Ces temps-ci il s’agit de la difficulté à exprimer des limites .

Par exprimer ses limites, j’entends de: décliner une invitation, choisir de ne pas s’ouvrir sur ce qui vous tracasse, refuser des comportements intrusifs, agressifs ou violents, dire non à une demande de service, d’aide ou de soutien, ne pas remplacer un.e collègue de travail et j’en passe. Bref, mettre ses limites, c’est de s’opposer à une autre personne d’une façon quelconque. Parfois pour des choses plus mondaines, parfois pour des enjeux plus profonds. Dans tous les cas, de nombreuses personnes peinent à mettre leurs limites, les dépassent et se sentent submergées ou envahies.

Cette difficulté peut avoir plusieurs causes: ne pas connaître ses propres limites, avoir peur de blesser l’autre, craindre la réaction de l’autre, se sentir redevable ou coupable, avoir peur que le lien soit altéré. Ces racines peuvent être profondément ancrées et difficiles à surmonter.

Pour y arriver, j’invite souvent les gens à se questionner sur le prix (psycho-affectif) qu’illes sont prêt.e.s à payer pour préserver l’autre ou le lien avec l’autre. Quelles énergies ont-illes envie de mettre sur quels liens, sur quels enjeux? De plus, je leur propose de se traiter avec autant de bienveillance qu’illes voudraient qu’un.e ami.e se traite et prennent soin d’elleux-mêmes de la même façon. Dépasser ses limites n’est pas un acte d’auto-compassion. Je leur suggère aussi de se baser sur leurs expériences positives passées avec certaines personnes pour se rappeler que la réponse peut aussi être positive et accueillante. Finalement, j’explique que bien sûr, leurs craintes peuvent se concrétiser et que cela fait partie intégrante. de la vie et qu’illes vont survivre à cette actualisation de leurs peurs. On ne peut pas contrôler comment les gens vont réagir à l’expression de nos limites. On ne peut que s’assurer de mettre nos limites de façon claire et adéquate et agir en fonction de la réaction de l’autre.

Mettre ses limites, ça peut se faire de façon paisible et adéquate, ce n’est pas une forme d’agressivité, mais bien d’affirmation de soi. Ainsi, vous pouvez nommer vos limites, comprendre la demande de l’autre et sa réaction à votre refus, tout en maintenant le cadre que vous souhaitez mettre. Tout cela est compatible.

Si vos proches n’ont pas l’habitude de vous voir mettre vos limites, il se peut que leurs première réactions ne soient pas idéales. Si vous maintenez votre cadre, illes vont éventuellement comprendre que votre comportement a changé et vont finir par s’y adapter.