L'avortement

En date d'hier, il y avait 30 ans que l'avortement était décriminalisé au Québec. Je considérais important de le souligner pour différentes raisons.

D'abord, parce que la lutte pour l'accès à l'avortement gratuit et sécuritaire est encore active et pertinente, ici ou ailleurs. Dans de nombreux pays on se bat pour le décriminaliser, dans de nombreux autres, comme au Canada, on se bat pour y avoir accès. Aux États-Unis, au Québec, des filles et des femmes doivent faire des pieds et des mains de procédures administratives, se déplacer sur de longues distances et débourser des montants faramineux pour pouvoir se faire avorter. À quoi sert un droit si on ne peut pas le faire valoir?

Puis, parce que 30 ans, c'est très peu de temps. J'ai prit conscience avec cette nouvelle que j'étais née à une époque où l'avortement était encore criminalisé. Cela m'a frappée, parce que je suis de la génération des filles, des femmes, à qui l'on a beaucoup dit que nous avions maintenant les même droits que nos pairs masculins. Il me semble bien incohérent de tenir ce discours à une génération de filles qui sont nées sans avoir le plein pouvoir sur leurs corps. Il me semble donc aussi prématuré de crier victoire quant à ce droit, qui est bien loin d'être acquis.

Que l'on se positionne pour ou contre l'avortement, une chose est sûre, c'est que les filles et les femmes y ont recours pour diverses raisons, qu'il soit décriminalisé ou non. La seule différence entre les endroits où il est décriminalisé et sécuritaire et ceux où il ne l'est pas, c'est que beaucoup moins de filles et de femmes meurent des procédures d'avortement. Son accès gratuit et sécuritaire, au-delà de la question morale ou éthique, est une question de santé et trop souvent de survie.

Au lendemain des 30 ans de la décriminalisation de l'avortement au Québec, je salue donc bien bas celles et ceux qui chaque jour luttent encore pour que toutes puissent avoir accès à une interruption de grossesse sécuritaire sans risquer leur vie, leur santé, leur liberté.

Plus d'information sur l'avortement:

http://www.fqpn.qc.ca/public/informez-vous/grossesse-non-planifiee/avortement/

http://www.csfmontreal.qc.ca/

L'intersexualité

Vendredi dernier, j'ai assisté à une conférence de l'artiste et activiste intersexe Ins A. Kromminga.Cette conférence sur la réalité des personnes intersexuées a été autant instructrice qu'émouvante. L'art d'Ins A. Kromminga est puissant et sensible à la fois. Cette expérience m'a donné envie de parlé des réalités des personnes intersexes.

D'abord, être intersexe, c'est d'avoir des caractéristiques sexuelles qui ne répondent pas aux critères binaires des assignations fille ou garçon, femme ou homme. Il existe une grande diversité de variances intersexes. Elle peut se situer au niveau des chromosomes, des caractéristiques sexuelles primaire ou secondaires et se manifester dès la naissance, à la puberté ou à l'âge adulte. Près de 2% de la population est intersexe, environ le même nombre que les personnes rousses.

Ainsi, être intersexe, ce n'est pas une identité de genre, mais une réalité corporelle. La distinction est essentielle pour comprendre les réalités et les revendications des communautés intersexes.

Depuis de nombreuses décennies, les médecins opèrent et traitent hormonalement quasi systématiquement les bébés intersexes afin de conformer leurs organes sexuels à notre système binaire d'assignation de sexe et ce, sans nécessité médicale. Leurs interventions chirurgicales et hormonales sont principalement esthétiques et conformistes. Ces interventions sont faites sans le consentement des bébés ou des enfants, et les personnes intersexes et leurs parents subissent des pressions énormes afin d'acquiescer à ces opérations non-essentielles. Ces intervention non consenties ont souvent des impacts négatifs énormes sur la santé physique et psychologique des personnes intersexes.

Depuis près de 20 ans, l'activisme intersexe se construit un peu partout dans le monde. Leurs revendications touchent principalement l'arrêt des interventions non essentielles sur les bébés et les enfants intersexes. Ils-elles-illes réclament leur droit humains de base de choisir par eux-elles-elleux mêmes ce qui concerne leur corps et ce, en toute connaissance de cause et sans pression.  Le seul pays au monde ayant légiféré à ce sujet étant l'île de Malta.

Pour en savoir plus sur l'intersexuation et les revendications des personnes intersexes, consultez le site de l'Organisation Internationale Intersexe Francophonie.

Le consentement sexuel

À la lumière de nombreuses réactions défensives et critiques face au mouvement de dénonciation d'agression sexuelle, il m'a semblé pertinent de clarifier le concept de consentement sexuel. La plupart des réactions que j'ai lues et entendues sont basées, entre autres, sur de mauvaises connaissances du concept de consentement sexuel.

Dans la loi, le consentement sexuel est défini comme: l'accord volontaire à participer à une activité sexuelle et peut être retiré à tout moment.

Toujours dans la loi, le consentement n'est pas valide dans les contextes suivants:

  • La personne ne le donne pas de façon verbale ou non-verbale
  • La personne le retire de façon verbale ou non-verbale
  • La personne n'est pas en état de le donner (intoxiquée, pas en âge)
  • Il a été obtenu par l'utilisation d'un rapport de pouvoir ou d’autorité

Refuser ou retirer son consentement de façon verbale peut se faire directement ou indirectement. Exprimer de l'hésitation, dire non, je ne suis pas certain.e, je ne veux pas, arrête, je n'en ai pas vraiment envie, sont des exemples de manières verbales de ne pas consentir.

Détourner le regard, changer de sujet, rire jaune, figer, repousser l'autre, s'éloigner sont des exemples de manières non verbales de refuser ou retirer son consentement.

Si la personne est intoxiquée ou âgée de moins 16 ans et est avec une personne de 3 ans ou plus son aînée, son consentement n'est pas valide non plus.

Quand le consentement a été obtenu par utilisation d'une position d'autorité ou de pouvoir, il n'est pas valide. Ainsi, le consentement obtenu en manipulant implicitement ou explicitement par la perspective d'emploi, de visibilité, de bon résultats, de logement, etc n'est pas valide non plus.

Il est essentiel de respecter l'expression du non-consentement de l'autre. Il est plus important de ne pas harceler ou agresser l'autre que d'assouvir son désir ou préserver son ego. De plus, si l'autre ne se sent pas libre d'exprimer ses limites, son consentement n'est pas valide. Vérifiez au cours de la relation sexuelle le consentement de l'autre.

Un truc simple que j'aime donner aux gens quand on me demande comment tout cela peut se traduire dans le quotidien est d'ajouter le concept d'enthousiasme à la définition du consentement: accord volontaire et enthousiaste à participer à une activité sexuelle. Enthousiasme verbal et non verbal. Si en plus de respecter les limites de la loi on s'assure que l'autre est enthousiaste de nos paroles et nos gestes (sourire-rire franc, proactivité, encouragements verbaux, etc.) il y a peu de risque de transgresser ses limites. Si l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous, prenez le temps d'aller vérifier le consentement de la personne.

Ainsi, les jeux de séduction, le fait d'aborder des inconnu.e.s ou d'être spontanné.e sont encore absolument possibles et souhaitables. Il suffit de s'assurer proactivement et respectueusement de l'accord volontaire et enthousiaste de l'autre.

Le modèle de philadelphie

Comme je travaille auprès de personnes victimes d'agression sexuelle, j'aime me tenir à l'affût des nouveautés dans ce domaine. 

Depuis quelques mois, je lis dans l'actualité des titres d'articles concernant l'implantation du modèle de Philadelphie, ou d'un modèle s'en inspirant, dans des institutions (universités, entreprises) et par la Sureté du Québec (SQ).  J'ai voulu m'informer sur ce qu'était le fameux modèle de Philadelphie.

En 1999, des irrégularités ont été découvertes dans les dossiers d'agression sexuelle traités par la police. De nombreux dossiers qui auraient dû mener à des enquêtes ont plutôt été fermés car les enquêteurs concluaient qu'il n'y avait pas eu d'acte criminel. À ce moment, la ville a créé un partenariat avec une organisme en défense des droits des femmes pour réviser ces dossiers fermés. Résultat, des centaines de cas de viols ont été identifiés. Depuis, la ville a maintenu ce partenariat ayant porté fruit. 

Comment ce fait-il que des intervenantes en agression sexuelle aient pu identifier ces cas de viols et pas des policiers? Ces derniers évoluent dans la même société que nous tous.tes et sont empreints des mêmes fausses croyances et préjugés concernant les agressions sexuelles et les victimes. Ce sont des humains, qui ne sont pas formés à comprendre et à connaître la psychologie humaine en fonction d'actes criminels spécifiques. Contrairement à eux, les intervenantes spécialisées ont étudié les dynamiques sociales et individuelles des agressions sexuelles, les conséquences de celles-ci. Elles ont apprit à identifier leurs propres préjugés et à les déconstruire afin de bien aider les victimes. Elles sont donc plus impartiales et mieux placées pour déterminer, sur la base du témoignage d'une victime, s'il semble y avoir eu agression sexuelle ou pas. Par exemple, un policier pourrait fermer un dossier où la plaignante a continué de faire la fête après son présumé viol car il croit que ce comportement démontre qu'elle n'a, en fait, pas été violée. Une spécialiste en agression sexuelle, pour sa part, saurait qu'il s'agit là d'un comportement très probable pour une victime de viol dans un soirée. Ainsi, elle pourrait faire rouvrir le dossier pour enquête.  

C'est de ce modèle dont s'inspire la SQ en collaborant avec des expertes en agression sexuelle. Selon les taux de réussite du modèle, il serait pertinent de le considérer pour d'autres actes criminels particulièrement susceptibles de passer inaperçu en raisons de fausses croyances ou de préjugés.

Vous pouvez en apprendre plus sur l'implantation du modèle de Philadelphie ici: 

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/medium-large/segments/entrevue/21005/modele-philadelphie-agressions-sexuelles

https://www.sq.gouv.qc.ca/nouvelles/comite_revision/

http://www.ledevoir.com/societe/justice/511586/plaintes-pour-agressions-sexuelles-l-exemple-de-philadelphie

Nouvelle coupe menstruelle

Il semble bien que l'on n'arrête, effectivement, pas le progrès. Une nouvelle coupe menstruelle fera son apparition sur le marché en 2018.

La Keela Cup est dotée d'une tige que l'on peut tirer afin de faciliter le retrait de la coupe menstruelle. Le modèle de coupe menstruelle existant actuellement exige que l'on insère ses doigts dans le vagin pour appuyer sur la paroi de la coupe pour éliminer l'effet de succion. Avec la Keela Cup, il suffira de tirer sur la tige, comme sur un tampon, pour plier la paroi et éliminer l'effet de succion.

Bien que les critiques les plus adressées au modèle de coupe menstruelle actuellement sur le marché soient plutôt liées à son insertion qu'à son retrait, je vois tout de même ce changement comme en étant un très positif. Le changement de la coupe sera moins salissant et plus accessible.

Vous pouvez voir une vidéo où l'inventrice de la Keela Cup explique son fonctionnement ici:

https://www.youtube.com/watch?v=Cfvk-erl-wQ&feature=youtu.be

Vous pouvez en apprendre plus sur la Keela Cup ici:

http://www.keelacup.com/

 

La pilule abortive

Depuis deux semaines, la pilule abortive est maintenant disponible au Québec. La nouvelle est passée relativement inaperçue. Peut-être parce que les médias sont centrés sur les dénonciations d'agression sexuelle et les revues de fin d'année, peut-être parce qu'au Québec, province Canadienne où l'avortement est le plus accessible, il ne s'agit pas d'une nouvelle extraordinaire.

Reste qu'il est important de comprendre le fonctionnement de la pilule abortive, de comprendre ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas, afin d'assurer la sécurité des personnes qui y auront recours. 

D'abord, la pilule abortive n'est pas la pilule de lendemain. Cette dernière empêche l'ovulation et donc la fécondation de l'ovule par le spermatozoïde. Il n'y a pas d'embryon, pas de grossesse. La pilule abortive, elle, est prise quand il y a fécondation et nidification, donc, quand il y a une grossesse à proprement parler.

La pilule abortive est une combinaison de deux médicaments qui ont des effets différents. Le premier coupe la production de progestérone, provoquant l'arrêt de la grossesse, et le deuxième induit des contraction utérines afin d'évacuer l'embryon. Les femmes ayant vécu des fausses couches comparent l'effet de la pilule abortive à cette expérience. Le processus peut durer plusieurs jours, voire quelques semaines.

Dans les cas où la grossesse se poursuit (1% à 4%), elle doit être interrompu chirurgicalement puisque la pilule abortive rend l'embryon non viable.

La pilule abortive doit être prescrite par un.e professionnel.le de la santé ayant suivi la formation offerte à cet effet par le collège des médecins et doit être prise dans les quatre premières semaines de la grossesse. De plus, son utilisation doit être accompagnée d'un suivi médical serré, toujours effectué par un médecin ayant suivi la formation mentionnée plus haut. Ainsi, malgré l'aspect efficace et pratique de la pilule abortive, le protocole qui l'entoure ne rend pas l'accès à l'interruption de grossesse nécessairement plus facile pour les personnes pour qui cet accès est déjà un enjeu. 

Il est intéressant de savoir que les Français.e.s ont accès à cette pilule depuis déjà près de 30 ans et que 57 pays autres que le Canada l'offraient avant nous. Pour les personnes vivant des pays où l'avortement est illégal ou bien où il est impossible de se procurer la pilule abortive, des Néerlandaises ont créé un site web où l'on peut consulter des médecins et commander la pilule abortive. 

Pour des compléments d'information, voir:

https://www.gazettedesfemmes.ca/12748/pilule-abortive-quest-ce-que-ca-change/

http://www.cmq.org/nouvelle/fr/pilule-abortive-directives-cliniques.aspx

https://www.womenonweb.org/fr/

Ça recommence en lion!

Après un arrêt de maternité, je reprends tranquillement la pratique privée. Je dis tranquillement, mais il me semble que les choses bougent vite, dans le domaine de la sexologie et de la psychothérapie, cette année!

En effet, entre le mouvement #metoo et les vagues de dénonciations d'agressions à caractère sexuel ici et ailleurs, la légalisation du mariage gai en Australie, l'annonce du retour des cours d'éducation sexuelle au Québec et du remboursement de certains frais de psychothérapie, je me retrouve un peu essoufflée. 

Globalement je considère qu'il s'agit là de bonnes nouvelles, car même s'il est triste de constater l'ampleur des agressions sexuelles, ça me fait plaisir de voir les victimes briser le silence et aller chercher de l'aide. Puis, bien que l'aide gouvernementale ne soit pas encore optimale, il s'agit d'un pas dans la bonne direction. C'est donc avec optimisme que je reprends le travail.

Je m'engage à rester à jour dans les nouvelles et dans les pratiques, afin de toujours vous offrir le meilleur soutien possible.

Au plaisir de vous rencontrer!

Audray Lemay, sexologue et psychothérapeute